samedi, 05 juillet 2008
Le succès de la BBC repose sur son indépendance à l'égard de l'Etat et à sa relation directe avec ses utilisateurs
A noter le point de vue "Télévision publique ou télévision d'Etat ?", par David A. L. Levy publié dans l'édition du 2 juillet du quotidien Le Monde.
David A. L. Levy est maître assistant en communication et médias à l'université d'Oxford : "Nicolas Sarkozy a annoncé le 8 janvier la suppression de la publicité sur les chaînes de France Télévisions en faisant explicitement référence au statut de la BBC. D'où l'invitation qui m'a été faite de participer à la commission Copé."
Quelques extraits de son point de vue :
- La BBC n'est pas financée par la publicité, mais le président français semble ignorer que le succès de la BBC repose sur son indépendance à l'égard de l'Etat et à sa relation directe avec ses utilisateurs - notamment au travers de son financement par une redevance substantielle. Or tous ces éléments sont menacés par les projets du président français...
- Son intention de choisir le PDG de France Télévisions, une pratique qui rappelle celles qui prévalaient dans les anciennes "démocraties populaires" d'Europe de l'Est. Son aspect anachronique serait comique si l'indépendance de l'information n'était pas une question aussi importante pour la démocratie.
- Plusieurs représentants de l'Etat siègent actuellement au conseil d'administration de France Télévisions. Cela serait considéré comme inacceptable dans la plupart des pays occidentaux, mais ne suscite aucune objection en France.
- Un service public indépendant de télévision exige un changement radical. L'Etat devrait se retirer et déléguer son pouvoir à France Télévisions selon des modalités définies par un cadre de travail clair à long terme puis, le moment venu, lui demander de rendre des comptes sur ses activités plutôt que d'imposer une présence directe dans son conseil d'administration. Cela exigerait de l'Etat qu'il fixe des objectifs clairs à la télévision publique, qu'il les maintienne sur plusieurs années, qu'il dégage le financement nécessaire pour y parvenir et qu'il tienne les diffuseurs pour responsables de leur réussite ou de leur échec.
- La BBC dispose d'un financement garanti sur six ans et d'une charte prévue pour rester en vigueur dix ans et qui a été établie après trois ans d'un large débat public et de recherches approfondies. Elle doit rendre des comptes aux téléspectateurs plutôt qu'à l'Etat. Enfin, elle jouit d'un haut degré d'indépendance en matière éditoriale comme en matière de création et de gestion.
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Une augmentation graduelle de la redevance aurait aidé à la transparence, forçant la télévision publique française à devoir se justifier devant les téléspectateurs qui paient pour la regarder, et non devant l'Etat. En revanche, le projet visant à renflouer le manque à gagner consécutif à la suppression des recettes publicitaires par diverses taxes peut paraître ingénieux et indolore, mais il ne fait qu'exacerber le problème.
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Lorsque le président a plaidé, le 25 juin pour une fin rapide de la publicité sur les chaînes publiques, il a souligné que même si celle-ci ne représentait qu'un tiers du budget global de France Télévisions, c'est ce tiers-là qui a eu le plus fort impact sur son comportement. Il est certainement conscient que la même logique s'appliquera à son projet de remplacer par des taxes la perte de revenus publicitaires. En fournissant un nouveau levier financier au gouvernement, il rendra France Télévisions encore plus dépendante de l'Etat !
09:16 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, télé, publique, cariolis, publicité














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