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samedi, 03 mai 2008

Agir contre la faim dans le monde

Le quotidien Le Monde publie une tribune  "Que faire contre la faim ?" de Pierre Méhaignerie, Henri Nallet, Michel Rocard et Philippe Vasseur, anciens ministres de l'agriculture.

Quelques extraits :

  • Les émeutes de la faim en Afrique, en Asie et en Amérique latine ont déclenché un mouvement de compassion dans l'opinion publique qui pousse les responsables de la communauté internationale à prendre des mesures d'urgence en faveur des populations les plus touchées. Mais l'émotion retombée, si des mesures plus radicales et structurelles ne sont pas prises, les drames auxquels nous assistons pourraient se reproduire, à une plus grande échelle encore, sous le simple effet de la croissance démographique et l'augmentation de la demande des pays émergents. La gravité potentielle de cette situation mérite qu'on cherche, au-delà de nos divergences politiques légitimes, des idées simples autour desquelles les responsables de la planète pourraient unir leurs efforts...
  • A son point le plus bas, la tonne de blé valait, il y a quelques années, 50 dollars... A ce prix, aucun paysan producteur de cultures vivrières des pays en développement ne peut résister à la concurrence des céréales importées. Il abandonne la production et part grossir la foule des urbains pauvres. Et quand le prix remonte (aujourd'hui 400 dollars la tonne), ce sont les salariés et les chômeurs de ces mêmes pays qui ne peuvent plus acheter... Les gouvernements de certains pays en voie de développement se sont longtemps satisfaits de cette situation qui permettait de nourrir au plus bas prix les populations urbaines. Ce n'est plus possible dans la situation actuelle du marché, et les peuples affamés se révoltent.
  • Ce sont donc l'instabilité des prix agricoles et la concurrence des grands pays producteurs qui ont découragé les agriculteurs des pays du Sud. Les grandes institutions internationales (Banque mondiale, OMC, OCDE, FMI...) peuvent bien aujourd'hui faire de beaux discours sur le développement agricole, elles ont contribué, pour leur part, au cours des années 1980 et 1990, à le rendre impossible dans les pays pauvres en les mettant à la merci d'un marché inaccessible et déloyal...
  • 80 % des 3 milliards de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté habitent dans les zones rurales, et la plupart sont des paysans. L'objectif majeur doit donc viser à les encourager à produire pour se nourrir et nourrir leurs concitoyens. Comme le suggère la FAO, il faut profiter de la haute conjoncture des prix agricoles pour favoriser leur "décollage" et acheter des machines, des engrais, des semences à partir de programmes d'aides. Puis leur permettre de maintenir des niveaux de prix rémunérateurs pendant une période assez longue assurant la stabilité sans laquelle il n'y a pas de développement agricole possible.
  • Le développement des agricultures vivrières est donc la tâche urgente et prioritaire que doit se donner la communauté internationale, car c'est d'abord dans ces pays que la population va croître très vite dans les prochaines années. C'est dans le Sud que se jouera l'avenir alimentaire de l'humanité. Il ne peut pas être laissé aux seuls soins du marché, des surplus du Nord et des bonnes opérations des spéculateurs. Il faut qu'il soit l'affaire des paysans du Sud et de leurs responsables avec le soutien et la protection des pays mieux dotés. ...
  • Cet effort pour l'autonomie alimentaire des pays du Sud correspond à l'intérêt bien compris des pays du Nord. En effet, si la demande alimentaire est pour partie satisfaite localement en Afrique et en Asie, les grands pays producteurs du Nord pourront à leur tour modifier radicalement leurs politiques agricoles dans le sens exigé par l'opinion publique : plus de qualité et moins de pollution consécutive au grand mouvement d'intensification qui a permis à la fois la libéralisation des marchés et la baisse des prix...
  • L'agriculture européenne doit donc s'inscrire résolument dans un effort global pour mettre en oeuvre, comme vient de le demander l'ONU, "une nouvelle politique agricole mondiale" : développement massivement encouragé des agricultures du Sud, réorientation des agricultures du Nord vers plus de respect de l'environnement et des économies d'énergie, renforcement et gestion multilatérale de l'aide alimentaire d'urgence...
  • Il y a interdépendance entre le développement de l'agriculture vivrière au Sud et la réorientation de l'agriculture au Nord.

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