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dimanche, 10 février 2008

Penser l'Afrique autrement

A noter l'éditorial de Claude Imbert dans l'hebdomadaire Le Point.  Quelques extraits :

Et maintenant, le Tchad ! Le Tchad de l'Arche de Zoé, du Darfour et de ses massacres ? Non ! Celui d'un énième coup de force contre un pouvoir en place, avec nos militaires en tampon...

Le statut postcolonial de la France en Afrique mêle intérêts légitimes et fidélités suspectes, atouts stratégiques et devoirs humanitaires, solidarité francophone et zizanies multiples, secrets de famille et intermédiaires clandestins. Pèsent encore sur ce magma l'inconscient refoulé du maître et de l'esclave, et les relents d'un psychodrame historique inachevé...

Nous n'avons longtemps abordé l'Afrique qu'avec des fantasmes exotiques...

De notre balcon européen, dans la jouissance d'une longue paix, nous contemplons, vaguement ahuris, les affres du pandémonium africain. Ce génocide rwandais, d'abord, où notre injonction démocratique et notre souci d'influence régionale auront fait exploser les haines comprimées du couple Tutsi-Hutu. Et puis ces massacres récurrents du Darfour. Mais combien de violences couvent encore dans des nations adolescentes dont les frontières furent tracées à l'équerre, il y a cent cinquante ans, par nos diplomates en jaquette dans le mépris des ethnies, langues, religions, royaumes ou empires d'une Afrique écrabouillée !...

Pourtant, on peine à le croire, mais l'Afrique va mieux. Elle trouve peu à peu, hors ces trous noirs, des espaces apaisés, des leaders respectables... L'ensemble du continent connaît enfin des taux de croissance positive (6,2 % prévus pour 2008). Le pétrole y est pour beaucoup, ... Il ne crée encore que des pays riches à peuples pauvres. Mais tout de même un peu moins pauvres !

Cette Afrique émergente, elle inspire en tout cas des appétits nouveaux. Et d'abord celui, phénoménal, de la Chine...

L'Afrique nouvelle, nous autres Français devons l'aborder de plain-pied et sans condescendance, en quittant le balcon où le passé nous a juchés. A Dakar, Sarkozy a choqué en dispensant, de ce balcon, un paternalisme conseilleur à « l'homme africain qui n'est pas assez entré dans l'Histoire... »

Il nous faut apprendre à penser l'Afrique autrement. Constater que le nationalisme réveille, loin de notre modernité, des traditions englouties. Que, loin de sacrifier aux droits de l'homme, les pays d'Islam exaltent d'abord les droits de Dieu. Et que notre idéal démocratique bute, ici ou là, sur la servitude volontaire. Les peuples qui ne se sentent pas auteurs de notre modernité économique, technique, scientifique souffrent d'en être d'incommodes émules...

H. Chefdeville

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