mercredi, 29 août 2007

Réaction sur le rapport du Haut Conseil de l'Education sur l'Ecole Primaire

Le Haut Conseil de l’éducation a remis lundi à Nicolas Sarkozy un texte sur l’enseignement avant le collège.

Les commentaires donnés dans certains quotidiens sur ce Rapport ont été assez "orientés", avec par exemple les titres suivants :

  • "École primaire : "insuffisant" pour 40 % des élèves à la sortie" pour Le Figaro, suivi du commentaire suivant : "les instituteurs se « résigneraient » trop aux premiers échecs scolaires", laissant ainsi croire que le problème venait d'abord des "instituteurs" (dont on peut rappeler qu'ils sont devenus des "professeurs d'école"),
  • "Un rapport sévère pour l’école primaire" pour Libération,
  • "En dix ans, aucune réforme n'a eu d'effet notable sur l'échec scolaire" pour le Monde, qui souligne l'échec des derniers Ministres de l'Education,
  • "L'efficacité de l'école primaire est mise en cause" pour la Croix.

Ayant été parent d'élèves de 3 enfants en maternelle et primaire, et responsable d'une association de parents d'élèves pour un gros groupe scolaire de Boulogne pendant près de 10 ans, j'ai voulu prendre connaissance du Rapport avant de réagir (Le Monde propose sur son site une version scannée de mauvaise qualité, de son côté la Croix a, mis en ligne une version originale que vous pouvez consulter).

Rappelons tout d'abord le contexte de réalisation de ce Rapport : "Aux termes des dispositions de la loi du 23 avril 2005, le Haut Conseil de l’Éducation “établit chaque année un bilan des résultats obtenus par le système éducatif ”. Pour 2007, le Haut Conseil a porté son attention sur le moment des apprentissages fondamentaux et de leur approfondissement, c’est-à-dire sur l’école primaire. Des responsables publics, des acteurs de terrain et des chercheurs ont été entendus. Des études ont été demandées à plusieurs instituts et laboratoires de recherche spécialisés. Enfin, le Comité consultatif auprès du Haut Conseil a été réuni trois fois pour recueillir l’avis des représentants des personnels enseignants, des parents d’élèves et des lycéens. Le Haut Conseil de l’Éducation s’est appuyé sur ces différentes contributions pour présenter son bilan."

J'en retire une analyse relativement détaillée de la situation, avec un certain nombre de constats que je ne peux que partager :

  • les difficultés, identifiées dès le début de la scolarité, s'agravent avec le temps : le niveau à l'entrée au CP pèse très fortement sur les chances d'un cursus scolaire régulier, et le problème s'amplifie tout au long du parcours scolaire,
  • les cycles n'ont pas vraiment été mis en oeuvre (l’organisation de l’école primaire en cycles, décidée en 1989 et mise en place à la rentrée scolaire de 1991, avait pour ambition de donner à chaque élève le temps de progresser à son rythme, les objectifs n’étant plus fixés par année, mais pour une période de trois ans, afin de tenir compte de la diversité dans les rythmes de développement et les manières d’apprendre) : L’efficacité de l’organisation pluriannuelle de l'enseignement suppose qu’une différenciation pédagogique soit régulièrement pratiquée dans la classe, ce qui est rarement le cas.
  • il n’est pas tiré des outils d’évaluation disponibles toutes les ressources qu’ils offrent pour rendre l’enseignement plus efficace. Des progrès sont possibles, et même indispensables, car la pratique régulière de l’évaluation est dans la logique du socle commun durant toutes les années de la scolarité obligatoire. Elle est au surplus la condition d’un débat dépassionné sur l’efficacité des méthodes d’apprentissage.
  • bien que les particularités de l’école maternelle soient affirmées dans les programmes, dans la réalité les méthodes d’apprentissage et d’évaluation pratiquées en grande section s’alignent très souvent sur celles de l’école élémentaire. Cette situation n’est pas étonnante, puisque la formation des professeurs des écoles les prépare le plus souvent non à l’école maternelle, mais à la seule école élémentaire, et plutôt au cycle 3 (CE2, CM1, CM2) qu’aux premières années de cette école élémentaire.
  • le pilotage national reste théorique et manque de prise sur les réalités de l’école, et les décisions sont appliquées très lentement : j'ajouterais, et si encore les décisions sont appliquées !, ce problème de manque d'un réel pilotage s'appliquant également à l'enseignement secondaire,
  • certaines ressources humaines sont très mal réparties : La multiplication des intervenants extérieurs libère un volume d’heures d’enseignement qui semble très sous-utilisé. Des marges de manœuvre réelles ne servent donc pas en priorité à affecter des ressources humaines suffisantes à l’amélioration du soutien collectif et individualisé des élèves.
  • La formation initiale et continue des maîtres est inadaptée aux besoins.
  • L’organisation de l’école primaire pénalise aujourd’hui son efficacité : le conseil d’école, qui définit et conduit le projet d’école, a un rôle souvent formel, faute de disposer des pouvoirs d’un conseil d’établissement ou d’administration. Le débat sur la fonction de directeur d’école primaire, dotée de compétences explicites, ne
    devrait plus être éludé.
    Le rôle des Inspecteurs de l’Éducation nationale est à redéfinir.

Par ailleurs, même si ce Rapport ne propose pas de solutions, il est assez explicite sur un certain nombre d'actions prioritaires.

Au final, contrairement à ce qu'a indiqué le Figaro, relayé par un certain nombre de syndicats, le Rapport ne met pas en cause le travail des enseignants, mais d'abord un problème général d'organisation et de pilotage de l'Education Nationale.

Hervé CHEFDEVILLE, Modem Boulogne-Billancourt

Commentaires

Merci de ce commentaire détaillé.
Je trouve en effet que l'idée des cycles était très intéressante et n'a pas été exploitée, c'est vraiment regrettable car on met de jeunes enfants en situation d'échec dès le plus jeune âge.
Or de nombreux systèmes éducatifs reposent sur la sauvegarde de l'estime de soi, qui est un élément fondamental de la réussite personnelle (notion éminemment subjective). Je me souviens d'un super enseignant de maternelle qui m'avait expliqué vouloir rester en maternelle car, disait-il, en primaire on "cassait" les enfants.
J'ai le sentiment que les vexations ressenties dès le plus jeune âge peuvent être une des explications à la dérive de certains jeunes. Au-delà de l'éducation, se joue donc certes l'avenir de notre société au plan intellectuel mais également de la "santé morale" (je ne sais pas si cette expression a du sens mais c'est la seule que j'ai trouvée).

Ecrit par : republica | jeudi, 30 août 2007

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